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Carnaby Street, la rue symbole des “Swinging Sixties”

Certes, Carnaby Street peut être perçue -et avec raison- comme un piège à touristes. Reste que cette zone piétonne, qui célèbre cette année son 50ème anniversaire en tant que centre indépendant de la mode, reste une destination-phare pour toute personne intéressée par les années Soixante, avec une exposition qui célèbre en ce moment son statut d’épicentre du Swinging London.

Un peu d'histoire...

Au XVIème siècle, la zone entourant Carnaby Street était composée de champs utilisés par le roi et sa cour comme terrains de chasse. C'est d'ailleurs au cri des chasseurs locaux (« So-o » à la place du traditionnel "Tally-o") que le quartier doit son nom. La zone était délimitée par Oxford Street, de l'est à l'ouest, et Swallow Street, du nord au sud, parallèle à l'actuelle Regent Street, ainsi que par une petite allée à l'est, plus tard nommée Kingly Street.

Après les épidémies de peste du milieu du XVIIème siècle et le Grand Feu de 1666, la décision fut prise de construire des habitations dans ces champs, le grand propriétaire terrien Richard Tyler ayant initié le processus avec la construction de Karnaby House en 1683, suivie des premières maisons de Carnaby Street, une rue édifiée entre 1685 et 1697. En parallèle, le Major Foubert, un émigré huguenot, créa l'Académie d'Equitation Foubert, sur Tyler Street, plus tard rebaptisée Foubert's Place. Un marché suivit dans les années 1820, destiné à fournir en aliments le nouveau quartier.

La majorité des maisons d'origine du XVIIème siècle furent détruites et reconstruites dans les années 1720, mais certains ont été préservées, au 17 Newburgh Street, 10-12 Ganton Street et 7-8 Kingly Street. L'un des résidents les plus célèbres du quartier demeure le poète et peintre du début du XIXème siècle William Blake.

Le symbole du Swinging London

1958 marque le début de Carnaby Street comme epicentre de la mode londonienne, avec l'ouverture de sa première boutique -"His Clothes"- par John Stephen (plus tard surnommé "Le Roi de Carnaby Street", une plaque commémorative à son nom étant située au 1 Carnaby Street). Ce premier magasin a rapidement été suivi par d'autres tout aussi innovants, tels que «I Was Lord Kitchener's Valet» et «Mr. Fish». Avec en arrière-plan les ateliers de confection de Soho, alors l'équivalent du "Sentier" parisien, Carnaby Street s'est rapidement imposée comme la destination de choix des jeunes en quête de vêtements originaux à petits prix, les nouveaux créateurs en vogue, comme Mary Quant, choisissant cet endroit pour ouvrir leurs nouvelles boutiques.

D'abord associée à une clientèle show biz, du fait de l'abondance des clubs et théâtres environnants, Carnaby Street est vite devenue synonyme du phénomène des "Mods", la tendance lancée par de jeunes hommes issus de milieux ouvriers habillés en costumes étriqués et chaussures pointues. A la fin des années 60, d'autres modes ont fleuri dans le quartier, fréquenté par les hippies et les jeunes filles de bonne famille en quête de kaftans, de mini-jupes ou de tee-shirts exhibant des slogans contre-culture.

Mais la popularité de Carnaby Street ne s'est pas limitée à la mode, la proximité de bars tels que The Roaring Twenties et the Marquee Club, attirant des groupes comme les Beatles, les Rolling Stones ou les Who, venus dans le quartier pour se produire en concerts et sortir. En avril 1966, le magazine américain Time magazine proclamait en couverture "Londres, la Ville qui Swingue", avec Carnaby Street décrite comme l'épicentre du phénomène du Swinging London.

Cette image persiste dans la culture populaire: pour preuve un épisode de la série Les Simpsons, où l'on aperçoit Bart et Lisa émergeant de Carnaby Street déguisés en Mods. Aujourd'hui, 60% des 135 magasins du quartier sont indépendants, Carnaby Street ayant connu une récente renaissance en tant que centre de création avec Kingly Court et The Newburgh Quarter.

L'exposition "Carnaby Street, 1960-2010"

Pour célébrer le 50ème anniversaire de Carnaby Street', plusieurs événements sont prévus au cours de l'année, le premier étant l'exposition "Carnaby Street: 1960-2010", qui retrace l'histoire de la rue depuis ses origines au XVIème siècle jusqu'à aujourd'hui, avec en focus les années Soixante. On y trouve notamment une chronologie en trois dimensions qui présente les principaux personnages et événements ayant marqué le quartier, et notamment son association avec des figures telles que les Rolling Stones, les Sex Pistols et Jimi Hendrix. Un livre en édition limitée présente des images capturées par le photographe des années 60 Philip Townsend et des interviews exclusives avec des personnes ayant habité ou travaillé à Carnaby Street, telles que le chanteur des Who, Pete Townshend. De nombreux objets et images historiques, souvent montrés pour la première fois au public, ont été empruntés aux musées de Soho, de Londres et au Victoria & Albert, ainsi qu'aux archives de Getty et à des collections privées. De nouvelles photographies et un documentaire d'archives ont par ailleurs été réalisés pour l'occasion.

"Carnaby Street: 1960-2010", 38 Carnaby Street, W1 (Oxford Circus), jusqu'au 11 avril 2010. 

Carnaby Street dans les années 60: Twiggy par Philip Townsend et le magasin Lord John (crédit: Top Foto)

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