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La Police Afghane en Images: Opium, Pots de Vin et Eyeliner

Le photographe londonien Bran Symondson (40 ans) s’est taillé une place à part dans le monde des arts grâce à ses remarquables photos de la police afghane, qui ont fait l’objet l’année dernière d’une exposition solo à la galerie Idea Generation et d’une publication dans le Sunday Times Magazine. Le photographe londonien et ancien soldat, qui a remporté le prix Médias d’Amnesty International pour son reportage photo des terroristes d’Al-Shabaab, discute avec Chic-Londres de son expérience en 2008 en Afghanistan, où il a été posté avec l’armée britannique pendant six mois, avec pour mission de former la police nationale afghane.

Avez-vous été surpris de découvrir à quel point les policiers afghans étaient efféminés ? Au début, cela fait bizarre de voir deux policiers se balader main dans la main, mais après quelques mois, on s’habitue. Tous les jeudis, les policiers organisent une fête entre eux où ils se maquillent et dansent ensemble. Et toutes les unités ont un « chai boy », une jeune recrue dont le rôle est de s’occuper du commandant: lui faire à manger, nettoyer ses quartiers et le satisfaire sexuellement. Cette pratique est considérée comme un rite de passage et complètement acceptée. 

Comment expliquez-vous que l’homosexualité soit si répandue? Elle fait partie intégrante de la culture et est pratiquée au sein de l’armée, de la police et parmi les talibans. Les hommes afghans célibataires n’ont jamais d’occasion de socialiser avec des femmes, les filles étant généralement mariées très jeunes -souvent à partir de 12 ans- après quoi elles restent à la maison et n’apparaissent en public que totalement couvertes.  Du coup, les hommes trouvent un certain réconfort  entre eux, en termes d’affection comme de sexualité.

Comment comparez-vous la police afghane au modèle occidental? Il est impossible de comparer deux mondes totalement différents. Dans la société afghane, construite sur un modèle tribal, la police a finalement très peu d’autorité, dans la mesure où ce sont les anciens qui prennent la plupart des décisions. Les policiers acceptent régulièrement des pots-de-vin, la corruption étant non seulement très largement répandue, mais aussi considérée comme une façon normale de faire des affaires. Ils sont aussi très souvent défoncés au haschisch et à l’opium, prendre de la drogue étant considéré là-bas comme l’équivalent de boire une bière.

Quel message avez-vous cherché à communiquer à travers ces photos? Je voulais montrer un visage moins connu de l’Afghanistan, à travers la version plus douce d’un environnement perçu comme machiste. Les Afghans forment un peuple formidable, chaleureux et accueillants, et les paysages, que ce soit des champs de pavots en fleurs ou des montagnes enneigées, sont souvent magnifiques.

Quels sont vos souvenirs les plus marquants? Les pires souvenirs sont évidemment d’avoir perdu des amis proches morts au combat, et les meilleurs souvenirs me viennent de la beauté de l’endroit. Je sais que c’est difficile à comprendre compte tenu de la situation, mais ce pays a un aspect visuel très romantique. Je suis aussi très heureux d’avoir eu le privilège de prendre des photos de gens magnifiques dans un contexte inhabituel.  

Avez-vous l’intention d’y retourner? Pas pour le moment, car j’ai d’autres projets. Ceci dit, j’aimerais pouvoir y retourner plus tard en tant que touriste, ce pays ayant tellement de choses à offrir. La pauvreté  constitue la force principale des talibans et je pense que le tourisme les détruira, en amenant de nouvelles ressources pour les gens.

 

 

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