(Photo: Chris Ratcliffe, AFP/Getty Images)
Quel effet cela vous fait d'avoir été décrit comme le « golden boy » du cinéma français par la British Academy of Film and Television Arts (BAFTA), qui vous a rendu hommage le 3 juin ? Je ne suis pas sûr que l'appellation de « golden boy » soit très appropriée ! Mais cela me fait évidemment énormément plaisir, en particulier compte tenu de l'influence de cette institution. Je ne m'attendais honnêtement pas du tout que ses responsables me fassent l'honneur de me recevoir et d'organiser un événement autour de moi, d'autant que je suis le premier Français à être ainsi invité, ce qui est très flatteur. Je savais qu'il y avait un « following » ici de ce que je faisais, mais que cela se traduise de manière si officielle me rassure un peu... Et oui, j'ai besoin d'être rassuré, comme tout le monde !
Votre épouse Monica Bellucci vit à Londres et vous y avez tourné plusieurs films, notamment Elizabeth de Shekhar Kapur et Eastern promises de David Cronenberg: envisagez-vous de venir vous installer ici de façon permanente? Je me sens bien ici, j'y ai vécu dans le passé, j'y ai tourné plusieurs films et ma femme y vit, ce qui signifie que j'y passe évidemment beaucoup de temps. Ceci dit, je ne quitterais pas Paris, où je garde ma résidence principale, pour m'installer à plein temps à Londres, car si je décide de partir de Paris un jour, ce sera pour laisser derrière moi le stress des grandes villes, la pollution et les embouteillages, pas pour les retrouver ici.
Lequel de vous rôle a été le plus difficile à jouer et sur quel tournage vous êtes-vous le plus amusé ? Mon rôle le plus dur a été dans le film Sheitan (où il joue le rôle d'un berger adorateur de Satan, NDLR), parce qu'il était totalement éloigné de ma personne et parce qu'il m'a obligé à accepter de passer par la phase du ridicule. Le tournage sur lequel je me suis le plus amusé est mon dernier, Les Seigneurs (qui sortira en 2010, NDLR), sans doute parce que je connais l'équipe depuis très longtemps et que nous sommes vraiment amis : je piquais deux fous rires par jour en moyenne, ce qui est beaucoup, même pour moi. Mais de façon générale, je m'amuse toujours beaucoup sur les tournages : quand je suis sur un plateau, je me sens comme un gamin dans une cour de récréation, complètement désinhibé. Je prends beaucoup de plaisir à faire quelque chose qui est en fait très sérieux, car s'investir dans un rôle est un processus qui déclenche beaucoup d'émotion et de tension, que je tends à exprimer en riant. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, je me suis d'ailleurs beaucoup amusé sur le plateau d'Irréversible, même si ce film est très dur à l'image. A l'inverse, le fait de jouer dans des comédies ne signifie pas que l'on aborde son personnage avec davantage de légèreté.
Quel effet cela fait en tant qu'acteur de passer de films d'auteurs à des grosses productions grand public et comment comparez-vous les méthodes de tournage anglo-saxonnes par rapport à celles des films français ? De l'extérieur, les gens ont une perception des tournages qui est le plus souvent très éloignée de la réalité. Mais en fait les différences entre un film d'auteur et une superproduction ne sont pas énormes pour l'acteur : mon travail est ainsi toujours le même, dans la mesure où mon investissement personnel dans le rôle ne varie pas en fonction des tournages. Entre les moments où le metteur en scène crie « Action » et « Coupez », je ressens les mêmes émotions et je donne autant de ma personne, quelque soit le budget du film. Après, au niveau de l'organisation des tournages, il y a sans doute un peu plus de hiérarchie sur les plateaux américains... et encore, cela dépend des films. La seule vraie différence se situe en aval, au niveau de la force de frappe dans la distribution. Mais cela n'a rien à voir avec le vécu de l'acteur sur le tournage.
Vous avez tourné neuf films avec votre épouse, Monica Bellucci : parvenez-vous à vous distancer de votre vie familiale quand vous êtes ensemble à l'écran ? Je ne veux pas me distancer, au contraire, car tout notre vécu commun me sert de matière sur laquelle travailler. Personnellement, je pense que plus on a de liens affectifs avec les autres acteurs, plus il est facile de jouer avec eux, car on peut puiser dans une expérience partagée, faite de connivence et de complicité, ce qui est toujours bénéfique pour le travail. Et en plus de cela, c'est très agréable de pouvoir partager ces moments avec quelqu'un qu'on aime, que ce soit avec sa femme ou ses amis.
La British Academy of Film and Television Arts (Bafta), équivalent britannique de l'Académie des Césars, a rendu hommage le 3 juin dernier à Vincent Cassel, lors d'une soirée organisée en collaboration avec Unifrance. Cet événement s'est inscrit dans le prestigieux cycle de rencontres A Life in Pictures, qui a mis à l'honneur des personnalités telles que Meryl Streep, Joel et Ethan Coen et Cate Blanchett.
Vincent Cassel en quelques dates:
- 1966 (23 novembre) : Naissance à Paris (de son vrai nom Vincent Crochon, fils de l’acteur Jean-Pierre Cassel et de la journaliste Sabine Litique)
- 1983-1988 : Passe par l’école de Cirque d’Annie Fratellini, prend des leçons de chant avec Suzanne Sorano, suit les cours de comédie de l’Actors’ Institute de New York et de l’Atelier International de Théâtre de Paris puis entre dans la troupe de théâtre de jean-Louis Barrault
- 1988 : Apparaît en tant que choriste dans le clip de Tristan, le chanteur de « Bonne Bonne Humeur »
- 1991 : Débute au cinéma dans « Les Clés du Paradis » de Philippe de Broca
- 1994 : Apparaît dans la pub britannique de Renault Clio, où il joue le rôle de l’ami de « Nicole »
- 1995 : Incarne Vinz dans La Haîne de Matthieu Kassovitz, qui lui vaut deux nominations aux Césars
- 1996 : Tourne L’Appartement avec Monica Bellucci, qu’il épouse en 1999 et avec laquelle il a une fille, Deva, née à Rome en 2004.
- 1998 : Incarne le Duc d’Anjou dans le film britannique Elizabeth
- 2001 : Shrek (voix de Monsieur Hood dans la version originale en anglais), Birthday Girl (avec Nicole Kidman) et Sur Mes Lèvres
- 2002 : Irréversible
- 2004 : Agents Secrets et Ocean’s Twelve
- 2005 : Derailed (avec Clive Owen et Jennifer Aniston)
- 2006 : Sheitan
- 2007 : Ocean’s Thirteen et Eastern Promises
- 2008 : Mesrine : L’Instinct de Mort et Mesrine : L’Ennemi Public Numéro 1
- 2009 : Reçoit le César du Meilleur acteur 2009 pour Mesrine et incarne l’image du parfum La Nuit de l’Homme d’Yves Saint-Laurent

To add a comment, please login. If you don't have an account, you can create one by filling in the form on the registration page.